Embarque dans ma chaloupe

Le mois dernier, c’était mon anniversaire. Pour moi, anniversaire rime avec 3 semaines de célébrations, parce que : 1) j’ai mille soupers avec mes mille amis chéris; 2) ça tombe toujours près de la Fête des mères; 3) c’est aussi collé aux anniversaires de ma grand-mère, de mon père et de mon oncle. En quelques semaines, c’est donc un marathon de visite, de catching up et de plaisir fou.

En quelques semaines, c’est donc aussi les sempiternels questions sur ta love life. Parce que la job va bien, les amis vont bien, la famille va bien, les projets vont bien. Prochains sur la liste, les «Faque là, t’as tu un p’tit chum?» et les «Y’a-tu un beau mâle qui te tourne autour?» s’empilent et font place aux exclamations sous un même thème : «Comment ça t’as pas de chum, toi? Non, mais sérieusement! Explique-moi comment ça se fait qu’une fille aussi fantastique que toi soit encore célibataire!»

On va se le dire (et je me dois d’ôter mes gants blancs et mes pincettes) : quelle question de marde! Sérieusement. Pensez-vous que je le sais?

S’enchaînent les «T’sais, j’ai hâte qu’un gars réalise tout ce qu’il manque en n’étant pas avec toi» et les «Si je pouvais te trouver un chum qui soit à ta hauteur, je le saranwrapperais avec un chou pour ton cadeau d’anniversaire» qui pusent la compassion et qui font juste en sorte que tu te sentes comme une petite jeune qui n’a pas encore réussit sa vie et qui se lance sur les chires du genre : «Ben oui, hein? Comment ça, dont, que y’en a pas un magnifique qui a catché à quel point je suis dont tellement merveilleuse, citron d’Bibi!?»

Ok. J’arrête tout de suite. Parce que je n’ai aucune raison de chialer. Je suis heureuse et je réussis très bien ma vie, en ce sens que je suis entourée des plus belles personnes qui soient, que je me sens enfin sur mon X et que j’avance mes projets à petits pas, mais avec confiance. (Mais ça, c’est un travail quotidien!) Puis, ces personnes qui m’ont dit tout ça, bien honnêtement, ils font partie des humains les plus importants dans ma vie en ce moment. Je les aime. Beaucoup. Et ils m’aiment. Et c’est leur façon à eux, de me dire qu’ils me trouvent pas pire nice pantoute.

Dernièrement, je discutais de relations avec une amie. Une autre amie que j’aime sincèrement et qui trouve toujours le moyen de me faire voir ce que j’essaie de me cacher. Bref… on surfait sur le pourquoi-qu’on(je)-fixe-toujours-sur-celui-qui-faut-pas et sur le comment-on(je)-peut-être-complètement-aveugle-face-aux-autres-qui-sont-là. Le classique, quoi! On fait bien juste voir ce que l’on a envie de voir. Reste que cette amie a dit quelque chose de beau :

«Je pense que tu as besoin d’un quai. Ça te prend un quai qui est là, que tu sais où trouver, pis qui suit la vague avec toi en te tenant près de la rive. Pis après, tu vas partir faire des rides sur l’eau. Le quai va te voir et trouver ça beau, mais y va pas nécessairement suivre. Mais tu sais qu’il va être là pour écouter ton récit à la fin de la journée. Alors c’est sûr qu’en comparaison, la machine à vagues du Zoo de Granby a l’air plus sexy. Mais des vagues, ça fait son temps.»

On est tous dans le même bateau

Ça m’a fait réfléchir. D’une certaine façon, c’est comme si on était tous sur la même étendue d’eau. Quelques fois, ce sera un lac plat, un long fleuve tranquille ou encore une rivière agitée. Une petite marre de boue, des rapides infernales ou même une chute vertigineuse. Parce que c’est tout ça en même temps, l’amour. Parce que c’est tout ça en même temps, la vie. Puis, sur cette eau, y’a du monde. Beaucoup et partout. Chacun dans son embarcation, à suivre le courant, à le chercher ou bien encore à le contrer.

Toi, t’es seule dans ta chaloupe. Une belle petite chaloupe bien modeste. Tu en prends soin et tu en es fière. Elle affiche quelques écorniflures. Et même un petit trou ou deux, que tu as calfeutré toi-même. Toi, t’es seule dans ta chaloupe. Les deux mains empoignant fermement les deux les rames. Oui, c’est lourd. Mais rappelle-toi que tu peux aller où tu veux. Tu guides.

Autour de toi, ça bouge. Y’a le gros zodiac qui se la pète un peu. Qui fait des grands cercles près de toi à toute vitesse sans jamais s’arrêter, juste pour faire des vagues. Y’a le ponton, un peu pas mal lent, qui met ben ben beeeen du temps pour arriver, qui s’amuse à faire des allers-retours vers toi indéfiniment. Y’a le pédalo qui vise une direction à la fois et qui ne s’aventure jamais trop loin, même s’il pédale comme un forcené. Y’a le kayak de mer une place, parti à l’aventure dans ses rapides. Y’a le radeau en bambou gossé à la main, qui se laisse aller par la vie et le courant, sans trop de plans précis. À l’opposé, il y a le brise-glace qui varge dans le tas, sans trop penser aux conséquences. Le bateau de croisière, lui, a toujours de la place pour tout le monde et fait tout pour que les autres soient heureux. Le sous-marin t’entraîne au fond de l’eau avec lui. Et le canot en béton qui flotte veut encore une fois prouver qu’il peut faire l’impossible.

Y’a même celui qui sait pas nager, ou qui a peur, ou qui a juste besoin d’un break de toute cette eau. Qui va rester sur le rivage, qui va se tremper le gros orteil dans l’eau méthodiquement, avant de nager. Puis à côté, y’a bel et bien ce quai dont ton amie te parle. Le quai, il accueille. Il est patient. Il reste là et il regarde.

Dans toute cette pagaille, y’a une autre chaloupe. Tout aussi petite que la tienne. Tout aussi belle. Elle aussi, elle a des scratchs, mais elle ne les laisse pas trop paraître. C’est lorsque vos chaloupes se croisent que tu peux les voir. Elle a des trous, elle aussi. Et là, t’as envie de l’inviter : «Embarque dans ma chaloupe!»

Debout dans une chaloupe, ça tangue. Alors faut s’assurer d’être bien en place, en équilibre. Tu peux décider de sauter dedans. Mais si tu vas trop vite, possible que tu te retrouves à l’eau. Et si ça fonctionne, rappelle-toi tout de même que c’est pas parce que vous êtes deux que la partie est gagnée. Parce qu’à deux, il faut ramer dans la même direction, au même rythme, en synergie. Sans se brûler. T’as beau ramer aussi fort que tu peux, si t’es la seule à bouger, tu vas tourner en rond. Même si vous êtes deux.

Je pourrais faire mille et une analogies sur tous les types d’embarcations possibles. Je réfléchis encore à ce que mon amie m’a dit et à ce fameux quai. Plus j’y pense, moins le quai me tente. Ce qui me faut, c’est celui qui est tout seul dans sa chaloupe, lui aussi. Parce que j’ai envie qu’il parte à l’aventure avec moi. Je veux pas qu’il m’attende et qu’il m’observe au loin. Je veux pas être seule dans mes folies. Je veux les partager avec lui.

Puis, surtout, ce qui est beau, c’est qu’avec deux petites chaloupes, y’a moyen de construire un beau voilier.

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