Ma belle amie;

J’aurais aimé trouver un autre titre à ce texte. J’aurais aimé trouver mille et un autres sujets avant celui-ci. J’aurais aimé qu’il soit rattaché à un autre prénom. En fait, non. J’aurais préféré qu’il n’y ait jamais de nom ni de raison pour écrire tout ça. J’aurais aimé parler de toi autrement que dans ce contexte. Mais, par-dessus tout, j’aimerais que le témoignage que je suis en train de taper ici ne serve pas en vain. J’aimerais qu’on en parle plus. J’aimerais que ça ne soit plus tabou.

J’ai hésité longtemps avant de publier ce billet. Mais je crois que les mots soulagent les maux et qu’il ne faut pas avoir peur d’en parler. Même si c’est tough.

Être une Jeune adulte responsable, c’est savoir faire face à la vie au quotidien. Faire face à la vie, c’est aussi savoir faire face à la mort. Dernièrement, ma meilleure amie a perdu ses deux grands-pères, en l’espace d’un mois. Puis ça m’a fait réaliser qu’il y a un peu plus d’un an, on enterrait le mien. Perdre un être cher, il n’y a pas plus triste. J’allais écrire sur le sujet, lorsque, samedi, j’ai appris une tragique nouvelle. La semaine dernière, une amie dragonne nous a quittés. Celle qui pagayait à ma gauche tous les jeudis a décidé qu’elle en avait assez de souffrir. Elle s’est libérée d’un poids. Un poids dont on ignorait totalement l’existence.

En apprenant la nouvelle, j’ai ri nerveusement. «  C’est une joke. Ça se peut pas… Ça se peut juste pas. » Mais en fait, tu sais que c’est pas une blague, parce qu’on ne fait pas de blague avec ce genre de chose. Ça reste difficile de concevoir que ce qu’on te dit est réel. Après, j’ai pleuré. Beaucoup. Devant du monde, dans un resto, pis ça me dérangeait même pas. J’étais bien entourée, par chance. Pleurer pis parler. C’est ce que j’ai fait. Parler de mon incompréhension. De comment cette personne était rattachée à moi.

En faisant comme toute personne humainement constituée en 2015 (du moins, j’imagine), je suis allée sur sa page Facebook. La regarder. Comprendre qu’on parle bien d’elle. Voir les moments qu’elle a décidé de laisser figés dans l’espace-temps. Il y a quelques jours, elle a partagé un des derniers billets du GPS, en indiquant : « Je ne le dirai jamais assez, Marie-Claire Picard, j’adore ta façon d’écrire sur les vraies affaires de la vie. »

Les vraies affaires de la vie? Ok, on va en parler des vraies affaires

Ce que j’apprends depuis quelques années, ce que je constate, c’est qu’être une Jeune adulte responsable signifie faire face à beaucoup d’inconnu. Beaucoup d’hésitations, de remises en question, mais aussi beaucoup de bonheur et de partage. Ma belle amie, t’es un rayon de soleil. Ma belle amie, t’avais toujours le sourire aux lèvres. Même quand tu feelais pas trop, t’avais le sourire aux lèvres. Est-ce que c’est pour ça, qu’on a rien vu? Est-ce que c’est pour ça qu’on n’a pas su lire entre les lignes? Aujourd’hui, je regarde tes photos et j’aperçois un petit nuage au fond de tes yeux. Pourquoi je le voyais pas, avant?

Quand je l’ai annoncé à mes proches, j’ai eu droit à toutes les réactions : « Est-ce que tu la connaissais bien? » « Est-ce qu’elle était dépressive? » « Est-ce qu’elle vous avait donné des signes? » « Est-ce que tu t’en doutais? » Tout, pour être en mesure de déterminer leur degré d’implication dans l’histoire. Oui, c’était une amie. Non, c’était pas ma meilleure amie. Pis non, on s’en doutait pas vraiment, t’imagines ben qu’on aurait fait quelque chose! Mais qu’est-ce que ça change? Le geste est là. Et il est trop tard.

Depuis 4 jours, je relis nos dernières conversations et des questions fusent. Des interrogations, des trous noirs, du brouillard. De l’incompréhension. Je me demande si c’était des signaux ou si je suis juste en train de virer folle. Dimanche, en après-midi, on a appelé les filles de l’équipe. Une à une, on leur a expliqué ce qui t’était arrivé. Elles étaient toutes attristées. Lundi, je suis allée courir. Je voulais courir jusqu’à ce que tous les muscles de mon corps brûlent. Je voulais sentir une douleur, pour éliminer le brouillard dans ma tête, puis continuer quand même. Mais je n’y parvenais pas. J’avais envie de pleurer et de crier. Mais je n’y arrivais pas. J’étais vidée. Puis j’étais fâchée et je me disais que j’aurais peut-être dû faire quelque chose. Mardi, j’ai éclaté en sanglots dans les bras de ma boss. J’me sentais conne. Mais ça m’a quand même fait du bien. C’est de ça que j’avais besoin, un câlin sincère.

On nous le dit, faut pas se sentir coupable. Et faut prendre le temps de vivre les émotions, de ne pas les bloquer. Vivre mon deuil. Toutes les étapes du deuil, une après l’autre.

Mon amie, j’aurais aimé pouvoir faire quelque chose. J’aurais aimé t’avoir répondu immédiatement lorsque tu m’as envoyé ton message, quelques heures avant de t’enlever la vie. C’était une chose banale du quotidien. Je pouvais pas savoir, je pouvais pas penser que… Peut-être qu’on aurait discuté un peu. Peut-être que tu m’aurais dit que ça feel moyen, pis je t’aurais dit « Heille, on va tu prendre un café? » (Parce que moi aussi, cette journée-là, ça feelait moyen. J’étais SPM la veille pis j’avais eu une journée de marde. Un mercredi, t’imagines?) Peut-être que tu m’aurais parlé un peu plus de tes histoires. Peut-être que j’aurais pris plus de temps pour t’écouter. Peut-être qu’on aurait braillé ensemble, que je t’aurais dit à quel point t’es formidable pis que je suis heureuse qu’on soit devenues amies.

Mais, belle dragonne, je sais que j’aurais rien pu faire. Je sais que ta décision était probablement prise depuis longtemps. Parce que c’est pas une histoire de « Je feel pas aujourd’hui. » C’est un mal plus profond. C’est un mal de vivre que tu as caché.

Mon amie, tu m’inspires une deuxième fois pour un billet du GPS. J’aurais aimé que ça soit autrement. J’aurais aimé qu’on reste dans les p’tits problèmes de Jeune adulte responsable comme la fois où tu m’as demandé comment je faisais pour survivre au célibat. Tsé, l’histoire des bas sales? Ben c’est le billet le plus lu du GPS. Parce que ça rejoint tout le monde. Le savais-tu que tu rejoignais du monde? Est-ce que t’aurais changé d’idée, si je te l’avais dit, combien de clics on avait eu? J’aurais aimé que tu vois à quel point t’es forte. J’aurais aimé que tu saches à quel point je t’admirais. À quel point, à mes yeux, tu semblais si parfaite. Tu venais d’avoir 30 ans, t’avais un condo juste à toi, une job que tu aimais, une famille et des amis qui t’adorent. T’étais généreuse, douce, drôle. Tu me racontais tes histoires de garçons et tes inquiétudes en me disant que moi, je pouvais comprendre, parce que j’étais célibataire aussi. Il te manquait juste un amoureux pour que tu sois heureuse. Est-ce que c’est juste ça? Ou bien est-ce qu’il y avait plus?

Mon amie, j’aurais aimé beaucoup de choses. Et surtout pas ça. Personne ne veut ça. Ma belle amie, ce billet-là, tu pourras pas le partager sur Facebook. Parce qu’il est trop tard. Mais il n’est jamais trop tard pour en parler. Pour les autres.

Aujourd’hui, je dépose ces mots pour soulager un peu ma peine. Mon amie, j’aimerais que tout le monde partage ce texte, comme tu l’aurais fait. Pas pour ma peine à moi, elle est minuscule comparée à celle que tu avais. J’aimerais que tout le monde partage ce texte, pour toi. Pour qu’on lève le voile sur ce qui est encore tabou. Pour qu’on ose en parler.

Ma belle amie, t’es partie un jeudi. Pis, je sais que ça peut sonner weird, mais j’espère que ton dernier mercredi a été doux. Et que tu es partie sereine, malgré tout.

Chaque jour, au Québec, 3 personnes s’enlèvent la vie. Depuis 2000, le nombre de suicides diminue chaque année et le nombre de demandes d’aides dans des centres de prévention du suicide augmente. Plus on en parle, plus on améliorera les statistiques. Si ça brûle, en dedans, n’attends pas. Va chercher de l’aide.

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12 réflexions sur “Ma belle amie;

  1. C’est fou comment ton texte me touche présentement. J’ai perdu un ami la semaine dernière, jeudi très exactement. Il s’est suicidé aussi… C’est tellement incompréhensible, ça fait du bien à lire même si les émotions sont plus que présentes. Merci.

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  2. Merci pour ce texte. Je suis sûr qu’il changera quelque chose pour quelqu’un quelque part et qu’il t’a fait du bien quand tu l’as écrit. J’ai malheureusement perdu plusieurs amis et connaissances ainsi..Courage. xx

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  3. Un texte qui va droit au coeur. Un texte si vrai malheureusement. Une solution permanente ne peut résoudre un problème temporaire. Merci Mlle Picard pour ce beau moment.

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  4. J’arrive du boulot. Je me suis écrasé sur le divan, ( le chesterfiel, comme dirait ma nièce). Je faisais du pouce sur mon cell pour feuilleté mon F.B..

    Et puis….. wow! Ce texte innatendu. Quelle surprise.

    Merci l’ amie dragon, dans tous les senses du terme. Tu m’as fais du bien.

    Aimé par 1 personne

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