Les belles choses se passent le mercredi

Hier, j’ai eu une journée pas mal bouetteuse. Tsé, comme celle dont je te parlais la semaine dernière. Celle où l’Univers se donne pour mission de te picosser jusqu’au sang avec des petites niaiseries qui, mises bout à bout, réussissent quand même à te donner envie de brailler en boule. J’me suis dit : vivement mercredi. Pis j’me suis aussi dit, caliiiiine, faut que je fasse mon billet de blogue et que, peut-être, en écrivant sur mercredi, je recommencerais à voir que la vie est belle et que j’ai pas vraiment le droit de chialer sur des petits problèmes sans importance. (J’vais mettre la faute sur mes hormones.)

Quand on devient une Jeune adulte responsable, la vie va vite. Et le danger, c’est de tomber dans cette routine qui t’amène à tourner, chaque semaine, la même histoire. Dimanche matin, l’épicerie; dimanche soir, les lunchs; lundi, le retour au bureau; mardi, l’entraînement, puis mercredi… euh. Ben rien. Souvent on déteste le mercredi, parce qu’il est la journée poche qui rend la semaine longue.

Il y a 4 ans, j’ai découvert que le mercredi était en fait rempli de magie et de surprises. Ça commence par une histoire d’amour, une histoire de repositionnement de vie. Une histoire qui n’est pas la mienne, mais qui est entrée dans ma vie. Celle du roman All My Friends are Superheroes, d’Andrew Kaufman.

Mai 2011, en transit entre Sherbrooke et Montréal

Je viens de terminer l’université. Une fin d’année rough; mes bases sont abîmées. Un visa de travail pour la France. Un billet d’avion YUL-CDG. Un contrat avec Disneyland Paris. Je pars pour vivre un rêve de petite fille. Quelque chose que j’avais planifié il y a des milliards d’années. Quelque chose que j’avais oublié, parce que je grandissais. Quelque chose qui est réapparu, par le plus beau des hasards. Je pars pour fuir la vie que je n’arrive plus à gérer. (Mais ça, j’le vois pas encore.) Je pars pour me refaire, me reconstruire. (Mais ça non plus, au moment de partir, j’le sais pas.)

Juin 2011, Paris

La vie en France est top géniale. Je me fais des amis assez rapidement et, surtout, je suis limite un phénomène de foire. La seule Canadienne! Une journée, mes collègues chéris m’invitent en balade sur Paris. (T’as vu, j’ai changé d’accent. Mais t’inquiète, c’est normal.) On visite tout ce qu’un touriste a besoin de visiter (même si c’est pas ma première fois dans la ville), puis on s’arrête devant ce qui est devenu mon petit coin de paradis : Shakespeare and Co. Une librairie anglaise. De cet endroit, il émane quelque chose de magique, quelque chose d’immense, entre ces allées exiguës et ces milliers de livres qui menacent de nous tomber sur la tête. Je venais de trouver un trésor. Et, bien entendu, j’ai trouvé par hasard des livres réconfortants, dont un qui a attiré mon attention : un auteur canadien anglophone pour une Québécoise à Paris? Tiens, c’est concept! Pourquoi pas…

All My Friends are Superheroes

On a répertorié plus de 200 superhéros à Toronto. De ce lot, Tom n’en fait pas partie. Mais la majorité de ses amis, oui. Sauf que ça va un tantinet moyen pour le Tom. Depuis son mariage, il est devenu invisible auprès de sa femme, Super-Perfectionniste. Tout ça à cause d’Hypno, l’ex un peu jaloux. Ça fait 6 mois que ça dure et la pauvre fille en revient juste pas de s’être faite dompée là (c’est pas vrai, mais tsé, elle le voit pas, elle l’entend pas, elle le sent pas), alors elle décide de tout quitter pour aller vivre en BC. (Bon. Raconté de même, je sais, on dirait un soap américain qui se déroule à Poudlard. Mais attends, tu vas voir.)

Tout au long du roman, on suit Tom qui essaie par tous les moyens possibles de réapparaître aux yeux de sa douce. Kaufman nous raconte les événements dans l’ordre et le désordre, et nous fait découvrir en même temps leur histoire. La première fois qu’il l’a embrassé, la première fois qu’elle a tenu son cœur, la première fois qu’il l’a consolée, la première fois de tout. Celle dont on se souvient toujours. Au travers de tout ça, on découvre les autres superhéros et leur histoire personnelle. Ils ne portent pas de cape et ne sauvent pas le monde. En fait, ils ressemblent à n’importe qui, mais ont des traits de caractère bien spécifiques qui prennent le dessus. C’est ce qui fait d’eux des superhéros.

C’est là que le mercredi prend son importance. Chacun a découvert son pouvoir un mercredi. En fait, tous les éléments importants du roman se déroulent un mercredi. Un moment qu’on croit anodin.

La beauté de l’écriture de Kaufman, c’est qu’il est capable de rendre extraordinaire l’anecdote la plus banale. Ce qu’il raconte, on le sait, n’existe pas textuellement. Mais, on a tous vécu quelque chose de semblable, à un moment où à un autre. Et tout le monde est capable de s’y retrouver. Ce livre, je l’ai barbouillé, je l’ai surligné et je l’ai annoté de pensées. Il m’a amené à me questionner sur ma vie et à déterminer ce qui comptait pour moi. Ce livre, je l’ai prêté à quelqu’un de très important à cette époque. Ce livre, je ne l’ai jamais revu. Il a disparu de ma vie. Mais tsé, c’est juste du papier, j’allais m’en sortir.

Février 2013, Québec

Ça fait un mois que j’ai emménagé à Québec. Encore une fois, je pars pour refaire ma vie. (Je suis du genre un peu nomade.) Mes bases s’étaient solidifiées, mais ont été quelque peu brisées. Mes bases sont pas fortes fortes. J’ai un besoin fou d’être ailleurs, de plonger vers l’inconnu et de découvrir cette ville que je ne connais pas. Fait frette, y’a de la neige partout et peu importe où je vais, mon iPhone me sert de GPS. Je passe mes premières semaines à marcher pendant des heures après le travail, de peur de rentrer chez moi. Je suis en peine d’amour gros comme ça, je carbure aux lattés, assise sur un banc sur la terrasse Dufferin, je fixe le fleuve, pis je me demande «Qu’essé que je fais icitte?», quand tout ce dont j’aurais envie, c’est de retrouver ma vie de Paris. Je travaillais sur la Colline parlementaire et la rue Saint-Jean était devenue mon endroit préféré (en fait, le seul que je connaissais). Un soir, partout, dans les fenêtres des boutiques de la rue, j’ai retrouvé une série d’affiches. De petits superhéros sur fond turquoise. Tous mes amis sont des superhéros, d’Andrew Kaufman. Éditions Alto. Illustrations de Pishier. (Tu peux te le procurer ici.) Doux Jésus! Mon livre! Mon livre dans les fenêtres de ma ville! J’ai eu envie de prendre ça comme un signe. Puis j’aime croire que ça s’est passé un mercredi.

Avril 2013, encore Québec

Je suis au Salon du livre. Je tombe sur le stand d’Alto. Surtout, je reconnais la couverture turquoise avec les bonhommes de Pishier. J’achète le livre et la fille d’Alto réussit même à trouver l’illustrateur pour qu’il me fasse une dédicace. Je suis une vraie groupie, le sourire étampé dans face jusqu’aux oreilles, probablement un peu rouge, pis je lui lance quelque chose comme : « Ce livre-là a changé ma vie, pis là je le retrouve en arrivant ici. Tu fais tellement ma semaine t’as pas idée! » (Une vraie folle, j’te jure!) Mais pour moi, c’était une confirmation. Une confirmation que j’étais au bon endroit. Que j’avais fait le bon choix. Qu’il allait se passer quelque chose de bien ici.

Juillet 2015, maison (Québec)

Ce livre, c’est plus qu’un livre coup de cœur, c’est un livre coup de vie. C’est l’équivalent 2.0 du Petit Prince ou de l’Alchimiste. All My Friends est arrivé à des époques charnières de ma vie. À des moments où j’en avais besoin. Pour me recentrer, me retrouver, ou ben juste pas me perdre, c’est comme vous voulez. Principalement, dans des moments où je découvrais, que, moi aussi, je pouvais être une superhéroïne. Ce livre, c’est mon petit bonbon. Cette année, mes bases sont plus que bien ancrées, pis je suis vraiment heureuse. Alors j’ai décidé que j’allais le partager. Et le mercredi, je lance à qui veut bien l’entendre (et même à ceux qui veulent pas vraiment), qu’il va se passer quelque chose de bien, quelque chose d’important. Quelque chose qui risque de changer nos vies pour le mieux.

Quand on porte une attention plus particulière à l’Univers et aux messages que la vie nous envoie, on voit bien que, le mercredi, il se passe de belles choses. Parce que, au fond, c’est à travers les petites choses ordinaires, qu’on retrouve l’extraordinaire. C’est pas pour rien que j’ai choisi cette journée pour publier le GPS!

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Une réflexion sur “Les belles choses se passent le mercredi

  1. J’aurais tellement de choses à raconter sur la synchronicité et les « heureses surprises / découvertes » dans la vie (Serendipity dans la langue de Shakespeare, l’un de mes mots préférés) qu’il faudrait que je me parte un blogue… 😉

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