Le jour où mon père est devenu un être humain

Bon! Je sais qu’on était dans les règles, et je sais qu’on n’est pas mercredi, mais j’avais envie d’un petit aparté!

Samedi soir, j’étais en train de plancher sur le prochain billet du GPS, à la Barberie. Faisait beau, faisait chaud, j’étais seule et bien concentrée sur mes affaires. Je réfléchissais à une façon d’expliquer la quête du bonheur en dessins sur des post-its, des piecharts ou encore sur un Light-Brite (ouin, j’suis de même), quand une petite voix me tire hors de mes pensées : « Papaa! » Non. C’était plutôt un « PAAPAAAAAA! », qui sortait d’une minuscule poupée Bout d’Chou aux shorts trop grands, à la couche à moitié sortie, et aux frisottis de cheveux grimpés en chignon sur le dessus de la tête. Je sais pas si c’était mon horloge biologique ou une simple nostalgie de petite fille, mais j’ai eu une grosse émotion en la voyant sauter dans les bras de son papa. Ça m’a fait réaliser que, dimanche, c’était la fête des Pères. Et que ma journée serait dédiée à un entrainement de bateau-dragon et à travailler. Pas dans un brunch à Brossard avec mon papa. Puis là, j’me suis mise à penser à lui.

Je suis une fille à papa. Vraiment. Quand j’étais petite, mon père, c’était mon héros.

Mon père c’est le genre de monsieur drôle qui porterait un t-shirt « Fuck Google, ask me », si sa blonde ne l’empêchait pas. Mon père, c’est le genre de monsieur funny qui, quand je passais une soirée à la maison avec mes amis au CÉGEP, prenait plaisir à se coller entre deux des gars de la gang sur le divan, en leur disant « Salut les boys! J’suis content de vous voir. J’espère que j’vous dérange pas trop. » Mon père, c’est le genre de monsieur qui va te raconter, tous les 25 décembre que tu as la chance de vivre, la légende du pourquoi il y a un petit ange au bout du sapin de Noël. (En gros, ça comprend un Dieu sur le bord de péter sa coche à cause de l’organisation last minute de la naissance de son fils, pis un petit ange un peu trop gossant, qui tient un sapin dans les mains. J’te laisse imaginer la suite.) Mon père, c’est le genre de monsieur qui répond « Non merci, je conduis », quand la serveuse lui demande s’il veut un refill de café. (Crois-moi, après 28 ans, est pu drôle…) Mon père, c’est le genre de monsieur qui est beaucoup trop à l’aise avec l’utilisation des émoticônes sur son iPhone. (Des fois, j’ai l’impression qu’il veut jouer aux charades.) Mon père, c’est le genre de monsieur qui était assez game pour faire avec moi la danse du Roasted Chicken Deluxe dans la cuisine. (Ça c’est une sorte de pizza congelée de McCain. J’te laisse imaginer la suite.) Mon père, c’est le genre de monsieur qui m’a appris à pêcher, à couper du bois et à clouer un clou. Mon père, c’est le genre de monsieur qui a déjà fait Terrebonne-Sherbrooke-Terrebonne un soir où j’étais une universitaire qui feelait vraiment pas. Mon père, c’était un héros. Point.

Je suis une fille à papa. Encore. Mais il est arrivé un moment dans ma vie où mon père a arrêté d’être un super héros.

Y’a eu une étape, il y a quelques années, où l’on s’est un peu brisés. Où l’on s’est mutuellement fait de la peine. Sans le vouloir. (Je t’épargne les détails, parce que tsé, mais on va juste dire qu’un divorce, ça touche toute la famille.) On s’aimait, mais on s’avait juste pas comment gérer nos affaires. C’était trop gros et ça n’a pas toujours été facile. On s’est jamais vraiment excusés, mais on sait tous les deux qu’on est désolés et qu’on s’aime. C’est comme ça. Pis c’est correct. Durant ces 2-3 années un peu bouetteuses, j’ai découvert un autre côté de mon père. Un côté avec des faiblesses, des défauts, des questionnements et pas toujours les bonnes réponses (ou du moins celles auxquelles je m’attendais). Mon père était devenu un simple humain. Ça sonne drôle comme ça, mais c’est pas une drop sociale. Loin de là. J’avais devant moi quelqu’un de vrai, puis j’essayais de comprendre le portrait global.

Je suis une fille à papa. Toujours. Parce qu’un papa, ça reste le premier homme qu’une fille va aimer.

Depuis les dernières années, je redécouvre mon père. Je me rends compte qu’au fond, il est encore le même. Il continue à me raconter les mêmes jokes (plates). Et il a encore le même sourire dans les yeux quand il me raconte l’histoire de la naissance de bébé-frère, un 30 janvier 1992, lorsque lui et moi on était allés souper en tête-à-tête au Nickel’s et que je l’avais collé en lui disant : « Papa, t’es le papa le plus chaud au monde, pis moi je suis la petite fille la plus froide au monde. » (J’étais frileuse à 4 ans et demi, faut croire!) Aujourd’hui, quand il me serre dans ses bras en me disant qu’il m’aime, je sais que c’est encore vrai. Pis ça me rempli de bonheur.

Parce que le plus beau cadeau qu’on peut faire à quelqu’un, c’est d’être authentique. Pas parfait.

Mon père est resté un simple humain. Mais dans son genre, il est pas pire pentoute. Puis je l’échangerais contre rien au monde.

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4 réflexions sur “Le jour où mon père est devenu un être humain

  1. Allo Marie-Claire,

    Je ne connais pas ton père mais s’il lit ça, il va sûrement verser une tite larme. C’est trop beau. Tout un cadeau de fête des Pères.

    Jocelyne

    Aimé par 1 personne

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